Les résultats des élections législatives 2022, ont eu pour conséquences l’absence d’une majorité absolue à l’Assemblée Nationale; le parti de celui qui a été élu président, M. Macron, en l’occurrence réélu, n’obtient pas de majorité pour pouvoir gouverner comme il l’entend. C’est inhabituel dans le cadre de la Vè République, dont les institutions sont par nature portées à la formation d’une majorité, évitant les problèmes d’instabilités gouvernementales des régimes qui l’ont précédée. Ainsi, le parti présidentiel, une nouvelle fois renommé, obtient 175 sièges, devant le conglomérat de la NUPES, et le RN.
Beaucoup de commentateurs nous expliquent que les « français ont voulu éviter la verticalité du pouvoir, l’absence d’un réel débat à l’assemblée », qui serait la caractéristique d’une situation dans laquelle le président élu obtient une majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Les français auraient voulu la fin d’un pouvoir trop autoritaire. Donc, les français se seraient mis d’accord pour que leurs votes donnent une Assemblée sans majorité.
Les français se sont-ils réunis pour décider, entre eux, que 53% d’entre eux s’abstiendraient, qu’ils donneraient une majorité relative à E. Macron, 149 députés à la NUPES, 89 au RN ? Belle illusion d’une démocratie participative et délibérative, chères à une Carole Pateman et à un Habermas ! Mais c’est éluder la réalité de la situation des français vis-à-vis de la politique. Plus réalistement, ces résultats montrent le désarroi des français face à la classe politique, face à l’offre politique, qui se révèle incapable de répondre aux défis, aux dangers mortels que les temps présents leur imposent, quand ces dangers ne sont pas tout simplement les résultats des politiques menées par les gouvernements depuis des décennies !
Sur le plan économique: un chômage de masse depuis des décennies, dont la baisse ces deux dernières années est en trompe l’œil étant lié à l’entrée en formation en alternance de près de sept cent mil jeunes, qui dès lors ne sont pas comptabilisés comme chômeurs, mais comme salariés. Cela peut être une bonne chose, ces entrées en formation, mais ce n’est pas une baisse du chômage, qui en l’absence de croissance ne saurait qu’être illusoire.
Le pouvoir d’achat est l’autre grand problème des français. Sa lente érosion depuis des décennies est l’origine de l’inexorable déclassement d’une partie de la classe moyenne, mais aussi des classes populaires; l’accroissement de la pauvreté en France, est un problème mais aussi l’indicateur de cette érosion du pouvoir d’achat des français. La forte inflation depuis plusieurs mois est évidemment un accélérateur de cette évolution; une inflation liée plus fondamentalement aux politiques énergétiques et agricoles de nos Etats socio-démocrates que vraiment au conflit ukrainien, comme le covid révéla et ne provoqua pas les énormes difficultés de notre système de santé. Difficiles fins de mois, difficile de se loger, difficile de se soigner etc. Là est le résultat des politiques menées depuis des décennies par les gouvernements successifs.
A ces problèmes de nature proprement économique, s’ajoute le naufrage de l’école. Les classements annuels montrent la continuelle baisse du niveau des élèves français en calcul et en lecture; mais rappelons que pour l’un de nos grands sociologues, situé assez à gauche, M. Bourdieu, c’est « l’importance accordée à la trilogie lire-écrire-compter » dans l’enseignement, qui serait à l’origine de l’échec scolaire; apprendre à lire, écrire, compter, développer une culture générale, n’est pas la priorité de l’enseignement, enseigner les inepties du wokisme c’est mieux; en tous cas, nous voyons le résultat. Cela est d’autan plus grave, qu’à l’époque des réseaux sociaux, de la communication de masse, seule une bonne formation des personnes à l’écriture, la lecture, aux notions essentielles des mathématiques, une bonne culture générale, peut leur permettre de faire face aux fake news, ce n’est pas au gouvernement de dicter ce qui peut se dire ou pas dans les média.
L’autre grande préoccupation des français, dont ils perçoivent que les actuels partis politiques n’apportent pas de solution, et celle liée à l’immigration non seulement devenue hors de contrôle, mais devenue hors de contrôle parce que une immigration voulue par nos dirigeants. Que ce soit pour des raisons pseudo économiques, que ce soit pour des raisons de visée d’ingénierie sociétale, la volonté du multicuralisme, les français perçoivent les conséquences civilisationnelles de ces politiques migratoires, ils en subissent aussi les meurtrissures par l’insécurité qu’elles génèrent. Nos valeurs, nos corps, sont attaquées, ils le sont par la responsabilité de ceux qui sont censés les protéger; les gouvernements qui doivent aider à résoudre les problèmes du quotidien des citoyens, sont à l’origine de problèmes devenant mortels.
Les français ont conscience de tout cela, car tout cela ils le vivent au quotidien, ils le souffrent au quotidien. E. Macron n’a pas apporté ne serait-ce qu’un début de réponse à tous ces problèmes, ils les a accentués; les forces politiques adverses ne présentent pas de propositions qui aillent dans le sens d’une résolution de ces problèmes; ces problèmes sont d’une ampleur énorme, c’est une civilisation qui est menacée, ils nécessitent une approche au niveau civilisationnel, et non simplement des mesures ponctuelles. Qu’un président comme E. Macron, après les cinq désastreuses que furent son quinquennat, soit réélu, montre combien l’opposition n’est pas à la hauteur de la tâche, aux yeux des français; que les législatives n’aient pas débouché sur une majorité d’un parti d’opposition ni du parti présidentiel, montre le désarroi des français face, d’un côté, à la gravité des problèmes auxquels ils sont confrontés, et, d’un autre côté, face à une offre politique qu’ils perçoivent comme non adéquate.