DETROIT D’ORMUZ : FIN DES ILLUSIONS

Lundi 16 mars 2026, le président américain a demandé aux alliés de l’OTAN, aux européens principalement, de contribuer à débloquer le détroit d’Ormuz.

Les états européens ont refusé. Pour les allemands, ce n’est pas leur guerre ; pour d’autres, aucun Etat de l’OTAN n’a été attaqué, donc comme membres de l’OTAN, ils ne sont pas concernés ; pour d’autres encore, envoyer quelques navires ne règlera pas la situation. Arguments bien spécieux.

Toute une série d’excuses surprenantes.

Environ 90 % du commerce mondial se fait par la voie maritime. Moins coûteux, capacité de transport plus importante que par air et terre. La maritimisation des échanges caractérise le XX ème siècle.

Parmi ces marchandises, 20 % du transport d’hydrocarbures passent le détroit d’Ormuz. L’énergie est le carburant des civilisations. Rien ne se fait sans énergie. D’où les importantes questions de la souveraineté énergétique, de la sécurisation de notre approvisionnement, et d’une énergie bon marché déterminante pour la compétitivité de nos économies, le pouvoir d’achat des français. Le coût de l’énergie diffuse sur l’ensemble des secteurs de l’économie.

Cette réaction des Etats européens marque leur impuissance. Ils ne sont pas en mesure de protéger leurs populations.

Par protéger leurs populations, entendons leur garantir le nécessaire pour assurer leur vie quotidienne, dans sa normalité ; travail, vie personnelle, assurer les besoins physiologiques. Assurer l’approvisionnement des denrées, de base ou de consommation finale. Il ne s’agit pas seulement de protection contre des menaces de violence physique, que ce soit contre le terrorisme, contre une agression militaire. Comme l’écrit Jomini : « Un Etat est amené à faire la guerre pour satisfaire à de grands intérêts publics, tels que ceux du commerce, de l’industrie, et tout ce qui concerne la prospérité des nations. »

Assurer la sécurité et la prospérité, l’un des buts du politique, comme le soulignait le philosophe Julien Freund.

La zone d’Ormuz est une zone d’importance géostratégique, i.e une zone qui détermine les possibilités de passage d’une grande zone, Indopacifique, à une autre, l’Europe occidentale.

Ceci implique, pour la sécurité et la prospérité des pays européens, de pouvoir avoir une maîtrise de ces points « stratégiques décisifs » (Jomini), dont l’importance est permanente, et non liée uniquement à un conflit particulier.

Comme toute problématique stratégique, la concentration de forces suffisantes, en cas de conflit, est déterminant. Dans une optique géostratégique, ces moyens sont autant maritimes, que terrestres et aériens ; ils doivent permettre de répondre à des menaces tant aériennes, que maritimes et terrestres, i.e impliquent les trois milieux : air, terre, mer.

Quels moyens sont disponibles pour faire face aux risques qui « montent aux extrêmes » ( Clausewitz). Clausewitz définit la guerre comme un « acte de violence dont l’objet est de contraindre l’adversaire à se plier à notre volonté ». Quels moyens nos gouvernements ont-ils développés pour nous protéger de la violence d’Etat terroristes, comme l’Iran, qui en plus de l’usage du terrorisme, prépare son accession au statut de puissance nucléaire ?

Le président américain a demandé aux européens de contribuer à la libération du détroit d’Ormuz. La réponse des européens est donc un non, ils se drapent noblement derrière le manteau de la diplomatie, or la diplomatie c’est la force, surtout dans un conflit déjà en cours, et quand le partenaire de discussions ne veut rien entendre, fait traîner les discussions pour poursuivre ses objectifs, ne rien céder.

Les Etats se déclarent prêts à sécuriser Ormuz…quand les hostilités auront pris fin, mais qui va mettre fin aux hostilités ? Ils demandent à l’Iran de ne pas bombarder les installations énergétiques de la région, et bien sûr l’Iran va gentiment leur faire ce plaisir !

Surtout, ce qui explique le non, c’est qu’ils n’ont pas les moyens d’intervenir. A l’image des britanniques, qui semblent découvrir qu’ils ne disposent d’aucun navire de combat dans une zone stratégique et n’est pas en mesure d’en envoyer avant plusieurs semaines.

Il en va de même pour l’ensemble des Etats européens. La France a pu envoyer le groupe aéronaval du Charles de Gaulles, mais c’est bien peu face aux dangers. Dans un monde multipolaire, les dangers peuvent venir pratiquement de partout, et de plusieurs théâtres d’opérations simultanés.

Manque de navires, manque de munitions pour un conflit prolongé. Des gouvernements qui ne sont pas en mesure de protéger leurs populations.

Depuis la guerre en Ukraine les pays européens se sont positionnés sur une trajectoire de réarmement. C’est une stratégie qu’il faut amplifier. Mais en avons-nous les moyens ? Quel est l’état des finances publiques de la France ?  

Il faudrait pourvoir disposer de moyens de défense dans les principales régions du globe. L’Indo-pacifique, où la France doit pouvoir protéger tant les français des territoires de l’Océan Indien et Pacifique, que les voix de communications, de transit des marchandises. La Méditerranée aussi, évidemment, y passent les navires transportant des céréales.

La France s’est focalisée sur la dissuasion nucléaire. Soultion de facilité, mantra rassurant, envoutant, qui fait illusion. Pourtant, même après la seconde guerre mondiale, plusieurs conflits ont eu lieu est montré que le nucléaire n’était pas l’alpha et l’oméga de la défense, que le besoin de moyens conventionnels n’avait pas disparu. De même, la fin de la guerre froide n’appelait en rien, logiquement, une réduction des moyens alloués à la défense conventionnelle ; avant la guerre froide, le monde a toujours connu la guerre.

Le Détroit d’Ormuz est lié à la problématique énergétique. Il convient de sécuriser nos approvisionnements. Mais il convient aussi de rouvrir des mines chez nous, car la nécessité d’importer des matières premières est lié aussi à la réduction de nos productions, qui n’a rien de fataliste, qui sont des choix politiciens ; à l’image du nucléaire, qu’au niveau national, et donc au niveau UE, l’on redécouvre maintenant comme une énergie favorable. C’est par idéologie écologiste que les mauvaises décisions ont été prises, nous en payons aujourd’hui le prix.

Mais l’énergie n’est pas la seule problématique liée au détroit d’Ormuz. Des importations de produits chimiques, engrais, etc, passent aussi par Ormuz et sont nécessaires à nos économies.

Des Etats européens en position de faiblesse, une faiblesse qui n’avait rien de fataliste, que nous devons à l’impéritie de nos gouvernements successifs.

Il nous faut rattraper le retard accumuler, pour être en mesure non de répondre à un ordre du président des UAS, mais pour être en position de défendre nos intérêts le plus élémentaires et les plus légitimes, pour être en mesure de protéger nos populations.

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